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Rapport de mission Maaden | Janvier 2018 ⋆ Point Afrique Voyages
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Point Afrique Voyages / Agroécologie  / Rapport de mission Maaden | Janvier 2018
30 Mar

Rapport de mission Maaden | Janvier 2018

Rapport réalisé par Pierre François Prêt, consultant en agroécologie, lors son voyage à Maaden El-Ervane du 14 au 19 janvier 2018

Objectifs de ce séjour :

  • Établir un état des lieux des pratiques agricoles à Maaden selon les contraintes environnementales, les choix technico-économiques et les traditions.
  • Identifier les potentialités pour une diversification des productions et une amélioration des rendements
  • Vérifier la pertinence du choix de Maaden El-Ervane pour évoluer vers un mode de production agroécologique et devenir un village pilote.

L’eau et l’accès à l’eau à Maaden El-Ervane

La palmeraie de Maaden El-Ervane trouve sa raison d’être grâce à son oued qui coule du nord au sud, la palmeraie s’étend sur 7 km le long de l’oued. Plusieurs barrages filtrants ont été établis afin de ralentir l’écoulement de l’eau et développer l’infiltration de l’eau dans le sol pour alimenter la nappe phréatique.

L’eau coulant dans l’oued de Maaden est partiellement chargée en sels. La teneur en sel est très variable est implique des mesures plus précises pour estimer la salinité des eaux d’irrigation avec un échantillon de sols.

barrage Maaden El Ervane en Mauritanie

L’un des problème majeur du village de Maaden El-Ervane se situe dans sa difficulté de maîtrise des eaux de l’oued. Quand les pluies entraînent un fort écoulement de l’oued, l’eau peut stagner entre les barrage créant la mort des palmiers par asphyxie racinaire et pourrissement des racines. Cette rétention implique aussi un retard dans la mise en place des cultures de carotte et l’impossibilité de planter des fruitiers.

L’accès à l’eau est la clé de voûte pour toute mise en valeur agricole. Aujourd’hui l’exhaure de l’eau se fait selon 2 procédés au village de Maaden :

  • Avec un petit groupe moto-pompe (grande majorité des cas)
  • Avec une pompe immergée alimentée par des panneaux solaires

L’eau est ensuite déversée dans un bac de rétention ou dans une citerne surélevée.

Les coûts d’irrigation avec l’utilisation d’une moto-pompe sont assez onéreux avec l’achat de bidons d’essence. L’installation solaire est certes plus économique à l’usage mais très onéreuse à acquérir.

30 à 40% des propriétaires ne cultivent pas par manque d’accès à l’eau.

La production des dattes

Les palmiers-dattiers sont issus de rejets plantés par les habitants de Maaden ce qui permet d’avoir une plantation de palmiers exclusivement femelles puis de les polliniser manuellement en février.

Le manque d’eau se ressent immédiatement sur le rendement des palmiers dattiers :
environ 15kgs de dattes par pied non irrigué et 40 kgs par pied irrigué.

Au niveau sanitaire, l’acariose des dattes (« taka » en hassanya, « boufaroua » au Maghreb) semble constituer le principale problème. Pour lutter contre cet acarien, les paysans de Maaden utilisent le soufre mêlé avec 2 parts de farine ou de cendres tamisées.

Les dattes constituent la principale production et vraisemblablement la première ressource économique du village de Maaden El-Ervane. une grande partie de la production est auto-consommée pour ne commercialiser que 12 à 15% de la production.

culture de dattes a Maaden El Ervane
Rappelons ici que les noyaux de dattes, une fois mis à tremper quelques jours et réduits en farine, constituent un excellent aliment pour les ruminants, en particulier pour les femelles en lactation et pour la croissance des jeunes.

Cultures maraîchères

La carotte constitue une quasi monoculture à Maaden, les agriculteurs maîtrisent un véritable savoir-faire dans cette culture. Une seule variété en provenance du Maroc est exploitée: « Muscade ». On peut parfois retrouver des variétés de carottes « Nantaises » et « Colmar » sur de petites parcelles pour une consommation familiale mais jamais destinées à la commercialisation.

Les autres légumes cultivés sont la betterave, le navet, l’aubergine, l’oignon, le gombo, la tomate, le poivron, le piment, la patate douce et plus rarement de la salade.
L’oseille de Guinée est peu présente (Bissap ou carcadet) alors que sa production pourrait fournir un bon rendement et se transformer aisément en boisson prisée pendant le ramadan ou la consommation de ses feuilles comestibles.

Le henné constitue une culture de rente pratiquée par les femmes organisées en coopérative féminines.Les feuilles sont récoltées tous les 40 à 50 jours, séchées à l’ombre puis pilées à l’aide d’un pilon et d’un mortier. La fine poudre récupérée (tamisée à travers un voile) est commercialisée en petite bouteille de jus de fruit « Rani » d’une contenance de 100g. Une plante fournit 10 à 12 bouteilles de poudre de henné.
Le henné de l’Adrar est réputé pour sa pureté, une transformation mécanique permettrait de produire de plus grandes quantités d’henné en vue d’une commercialisation plus importante.

La fertilisation du sol

Selon les premiers entretiens, il semblerait que l’utilisation des engrais chimiques reste une pratique marginale à Maaden en raison du coût des produits.

Une pratique de compostage a déjà été présentée aux paysans de Maaden il y a quelques années mais elle n’a pas rencontré de succès car jugée trop pénible à mettre en oeuvre.
La fertilisation du sol à Maaden de manière volontaire reste quasi-inexistante, une étude des sols permettra de mieux analyser le terrain et recommander une stratégie d’amélioration de la fertilité.

Commercialisation des cultures maraîchères

La plus grande difficulté de Maaden en plus de son problème de gestion de l’eau, est son accès chaotique. Depuis la route goudronnée d’Aoujeft, la piste sur le plateau aboutit aux quelques kilomètres très difficilement praticables qui donnent accès au village. Cet enclavement entrave fortement le développement de la commercialisation des produits maraîchers de Maaden.

Par ailleurs, les paysans de Maaden se confrontent aussi aux limites de leur choix de variété de carotte. La carotte « Muscade » se conserve mal et se vend à un prix moins intéressant que d’autres variétés de carottes.

Sa production tardive de carottes (à cause des problèmes de maîtrise de l’eau et de stagnation de l’eau de l’oued) implique une vente tardive de la production de carottes avec de ce fait une confrontation avec les carottes en provenance du Maroc au prix très concurrentiel.

Diversification des cultures et développement

Plusieurs idées ont été soumises aux habitants de Maaden :

  • Commercialisation d’autres légumes – revente aux prestataires touristiques pendant la saison touristique.
  • Culture de légumes supportant bien la salinité (concombre, cèleri, persil, asperge…)
  • Proposition de changement d’alimentation pour intégrer dans les menus les feuilles de betteraves et de Bissap (action d’information menée par l’infirmier sur place)
  • Culture d’arbres fruitiers
  • Développement de la lactofermentation
  • Création d’ateliers de transformation pour produire des confitures
  • Séchage de certains légumes

Les actions et idées envisagées ont été soumises au Conseil de la gouvernance du village et au maximum de paysans. C’est au village de déterminer ses priorité et d’engager le dialogue avec les consultants et les financeurs afin d’établir conjointement un plan d’actions.