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Lettres de Maurice Freund ⋆ Point Afrique Voyages
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Lettres de Maurice Freund

lettre maurice Freund septembre 2019

L’objectif de cette lettre n’est pas de vous raconter mon aventure, mais de vous expliquer pourquoi, mon parcours de vie, m’oblige à me battre pour le redécollage du tourisme en Mauritanie.

En effet, le tourisme en Mauritanie n’a pas qu’une finalité commerciale, mais participe à la restauration de la paix dans ce pays qui appartient à cette zone sahélo-saharienne qui traverse une période trouble… Aujourd’hui, à 76 printemps, cela fait plus de 40 ans que je suis confronté à l’évolution des crises qui perturbent toute cette région de l’Afrique.

DÉBUT DES ANNÉES 80 – UNE RENCONTRE DÉCISIVE
J’ai la chance de me lier d’amitié avec un Président d’exception, Thomas Sankara au Burkina-Faso. J’ai milité à ses côtés, jusqu’à son assassinat le 15 octobre 1987, en utilisant la plus grande partie de l’énorme patrimoine du Point-Mulhouse, qu’avec une bande de copains ont avait créé au début des années 1960.
Avec la disparition de Thomas nous avons tout perdu ! Sans regret car cette période a été décisive pour mon engagement en Afrique sub-saharienne.

EN 1990 – UNE EXPÉRIENCE MALIENNE QUI RENFORCE MON ENGAGEMENT
Le gouvernement malien m’a demandé, compte tenu de mon expérience, de remonter la compagnie aérienne nationale qui n’existait plus depuis quelques années. En tant que Directeur Général de la nouvelle compagnie, j’ai rencontré nombre de responsables locaux notamment dans le nord plutôt oublié des autorités de la capitale. C’est ainsi qu’à l’époque, j’imagine lancer une liaison directe entre la France et Gao pour désenclaver cette région totalement déshéritée. Mon idée, lier le transport aérien et un tourisme au service de ces populations démunies et abandonnées. Mon poste dans une société nationale m’en donnait le pouvoir de décision. Malheureusement, la rébellion à l’automne 1990 arrête ce projet qui n’aboutira que beaucoup plus tard quand la paix sera revenue.

Entre temps, de 1992 à 1994, cette période est sans intérêt. Je travaille pour un milliardaire turc qui rêve de créer une compagnie aérienne et qui me prend comme conseiller. Ma vie bascule entre Istanbul, le Caire, Paris, loin de mes engagements en Afrique. Je suis mal dans ma peau…

Dunes de l'erg Ouarane en mauritanie


1995/2002 – LA CONCRÉTISATION DE MON PROJET DE DÉSENCLAVEMENT
En 1995, des amis Touaregs, avec qui j’ai tissé des liens solides lors de ma période malienne, m’incitent à concrétiser mon projet de ligne entre la France et Gao : « La paix sera signée cet automne et sera de retour dans le nord du pays ».
Mon premier partenaire, Lyad Ag Ghali, aujourd’hui à la tête du mouvement djihadiste, m’affirmait que « la paix ne peut se construire qu’avec un accompagnement économique et social ». C’est ainsi que je crée la coopérative de voyageurs Point-Afrique, dont les bénéfices vont alimenter le développement local. Je revis !
Fort de ce premier démarrage des vols sur le nord Mali, l’année suivante en 1996, le Niger et la Mauritanie suivent.
En 2000, le Point-Afrique ouvre des vols sur Tamanrasset et Djanet en Algérie.
En 2002, c’est le tour de la Libye. Nous serons les seuls à poser des avions dans ce pays à Sebbha, Ghat et même Benghazi.

2007 – LA FIN DE CETTE IMMENSE AVENTURE ?
L’attaque de 4 voyageurs au sud de la Mauritanie provoque l’arrêt brutal de toutes nos destinations. Le Point-Afrique entre en hibernation dans l’espoir de jours meilleurs…

2017 – LA BANDE SAHÉLO-SAHARIENNE AUJOURD’HUI
Les accords de paix, signés à Alger en 2015, par le gouvernement malien avec les différents mouvements rebelles du nord restent lettre morte. Non seulement il n’y a pas de retour à la paix, mais les conflits s’étendent à d’autres régions : le Macina, l’ouest burkinabé, l’ouest nigérien… sans parler pour le Niger des incursions de Boko-Haram.

Sur le terrain, deux groupes islamistes s’affrontent :
– D’une part, le GSIM dirigé par Iyad Ag Ghali (Groupe pour le Soutien de l’Islam et des Musulmans) qui est composé d’Al-Qaïda, du Mujao et dernièrement du FLM (Front de Libération du Macina) mené par le Peul Amadou Kouffa.
– D’autre part, l’Etat Islamique, mené par Walid al Sahraoui, qui regroupe Boko Haram et le mouvement burkinabé Ansaroul Islam.

Ces deux groupes opposés sont en compétition. Mais demain, une alliance entre eux est possible au nom de la lutte contre l’occident. La présence de l’armée française y contribuera tôt ou tard. La France, pour ce sortir de ce guêpier, devrait arrêter tout soutien aux régimes corrompus et autoritaires de ces pays. C’est la cause principale de la montée de la haine à notre encontre, mais également de la fracturation des différentes communautés en petits groupes armés. En effet, les interventions militaires françaises sont inefficaces et contribuent à faciliter le recrutement endogène de candidats au Djihad (dixit nos interlocuteurs locaux).
Il faut en effet prendre en compte les dynamiques locales pour pouvoir poser un diagnostic précis des rapports de force.

Oiseaux Diawling

LA MAURITANIE – UN CAS D’EXCEPTION
S’il y a une dizaine d’année, la Mauritanie agissait à l’identique de ses voisins, ces dernières années, ce pays a choisi de mener une politique différente qui porte ses fruits. Celle-ci s’appuie sur ses propres dynamiques et se veut cohérente par rapport aux attentes des populations. Le général Aziz prend le pouvoir par un coup d’état et sa stratégie repose sur deux axes sans l’aide de concours extérieur.

1/ Il s’entoure du concours des imams pour débattre dans les mosquées d’un islam dé-radicalisé. Il libère des djihadistes repentis en leur permettant un retour à la vie civile
2/ Parallèlement, il redonne à son armée et aux corps habillés de son pays de la dignité, en les dotant des moyens nécessaires pour qu’ils se restructurent, s’équipent et se forment, tout en leur donnant des soldes convenables.
Certes, ce chef d’État n’est pas un tendre et son autorité ne prête pas à discussion. Cependant, force est de constater que les choses ont bougé. L’efficacité des services de renseignements permet de développer des stratégies nouvelles en un temps relativement court. La Mauritanie a retrouvé une sérénité et un climat de confiance.

Cependant, le Président Aziz n’est pas toujours bien vu par les instances parisiennes. Il n’enverra pas de troupes au Mali quant en janvier 2013 la France lance l’opération Serval. Il veut en premier lieu se donner tous les moyens pour faire de la Mauritanie une zone sécurisée. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises à Nouakchott. Cartes à l’appui, il m’a expliqué les positions de l’armée tout le long de ses frontières avec l’Algérie et le Mali.

Dès 2014, j’ai la conviction que relancer des vols sur Atar est possible. Ma connaissance du terrain et l’avis de plusieurs personnes fiables sur place, m’encourage à poursuivre cet objectif. De plus, le Président Aziz a donné son accord pour que l’État participe à hauteur de 50 % au financement de la liaison aérienne.

Hélas en octobre 2014, l’assassinat du guide français au nord de l’Algérie stoppe la reprise d’une activité sur Atar. Suite à cet évènement, la Cellule de Crise du MAE (Ministère des Affaires Etrangères) passe toute la zone de l’Adrar mauritanien en rouge ! Je décide de quitter le tourisme. Ma position est de laisser la possibilité, à la petite équipe de salariés qui reste, de poursuivre l’activité dans le cadre d’une création d’entreprise privée : Point-Voyages.
Le Point-Afrique prendra une petite participation de 20% sans s’immiscer dans ses activités et ses choix.

Pendant cette période, je continue à m’intéresser à tout ce qui se passe dans cette région.
– C’est ainsi que je m’implique dans l’affaire du dernier otage français, Sophie Pétronin enlevée à Gao en décembre 2017. C’est par le Point-Afrique qu’elle est venue en 1995 découvrir Gao. On lui a par la suite apporté notre concours pour la création de son hôpital. Je connais Sophie personnellement et j’ai donc ouvert à son fils Sébastien une partie de mon réseau sahélien.
– L’été 2016, une amie (Sylvie Brunel) me met en relation avec le général Marc Foucaud. C’est l’ex-patron de l’opération Serval, qui a également oeuvré à la création de Barkhane et du G5 Sahel dont le siège est à Nouakchott en Mauritanie.
Un long déjeuner à Annecy nous permettra d’échanger notre lecture sur la situation. Marc Foucaud est surpris de la position française à l’égard de la Mauritanie. Son concours et son engagement à mes côtés va nous permettre avec le concours d’hommes politiques français de faire évoluer la position du MAE. Début mars 2017, l’Adrar mauritanien passe en orange… un feu vert pour le Point-Afrique en quelque sorte !

Je relance le Point-Afrique qui était resté en sommeil. Je mets en vente tout le patrimoine de la coopérative (un peu plus de 750 000 Euros) et je me lance dans l’affrètement d’un avion pour opérer 14 vols entre Paris et Atar sur la saison 2017/2018.

Je contacte tous mes anciens partenaires et finis par obtenir le concours du groupe Voyageurs du Monde (propriétaire de Terre d’Aventure, d’Allibert et de Nomades) La Balaguère et surtout de l’État mauritanien qui accepte de partager le risque à hauteur de 50% (respectant ainsi la décision du Président Aziz de 2014).

Le pari était osé, mais je ne pouvais pas me « dérober » après tant d’années et d’efforts du gouvernement mauritanien. Ne pas y aller c’était pour moi de la lâcheté !
Voilà mes amis, les sources de mon engagement et ma détermination à soutenir ce peuple est plus forte que jamais.

Survol désert mauritanien en avion

2019/2020
Ce printemps, le ministère des Affaires Etrangères a une fois de plus modifié la couleur de la Mauritanie qui est passée de l’Orange au Jaune et qui a élargi la zone au nord et à l’est du pays.
Le plus dur reste à convaincre le public français qui amalgame par ignorance la Mauritanie à ses voisins.

En choisissant de visiter l’Adrar, le Diawling, le Train du désert, le Tagant etc. vous n’êtes pas un touriste lambda, mais un voyageur militant.

Ce 16 septembre, la peur et le stress m’habitent. Pourrais-je remplir les vols ?

Ces deux dernières saisons – tests ont pu être menées à terme en grignotant sur le gain des ventes de notre patrimoine. Cette nouvelle saison, nous devons atteindre le point d’équilibre… pour assurer de nouvelles saisons…

Alors, plus que jamais je compte sur vous. Je sais que je dispose de votre confiance.

Aidez-moi !

C’est la conclusion et la dernière raison de cette lettre. Merci à vous d’avance !

Maurice Freund
Président de Point-Afrique
Lettre du 20 septembre 2019

Le Sahara et le Sahel plus particulièrement connaissent depuis une dizaine d’années des heures sombres. Les interventions militaires étrangères et l’imposante présence française n’ont guère réussi à ce jour d’endiguer le terrorisme djihadiste.

Les causes en sont multiples et complexes mais ont pour racine la pauvreté, l’injustice, la prévarication des dirigeants politiques des pays concernés… et l’usage de la force ne fait qu’amplifier un climat délétère et haineux à l’encontre des anciennes puissances coloniales et donc de l’Occident !

Depuis un seul pays de la zone a su s’organiser pour retrouver une paix certes fragile mais en constante progression : la Mauritanie ! Il est vrai que depuis fin 2011 plus aucun attentat !
Le mérite en revient d’abord au gouvernement de la Mauritanie et à la volonté de son Président, le Général Aziz qui a su mettre sur pied une armée qui, il y a une dizaine d’années, était l’ombre d’elle-même faute de moyens et de formation.

De lourds sacrifices budgétaires ont été nécessaires, mais aujourd’hui les forces de l’ordre de la Mauritanie ont la capacité de contrôler la majeure partie du territoire et la politique menée envers les éléments terroristes est à tous points de vues exemplaire.
Avec le concours des autorités religieuses une saine et ambitieuse politique de réintégration des éléments déviants a permis leur retour à la vie civile, voire à leur participation à celle d’éradication des derniers éléments extrémistes.

Après sept années d’absence forcée, le Point-Afrique se devait de s’impliquer et d’apporter modestement sa contribution et son encouragement aux populations de la Mauritanie qui ont largement contribué à ce redressement.

Depuis quelques années, j’ai tenté sans succès d’intervenir régulièrement auprès des autorités françaises pour modifier la carte sécuritaire de la Mauritanie (je suivais de près son évolution et ne comprenais pas la position de notre pays). Or, un certain nombre de diplomates abondaient dans mon sens et reconnaissaient les progrès qu’opérait ce pays. Mais le Quai d’Orsay maintenait sa position… Rien ne semblait infléchir sa position !

Une rencontre décisive :
Début de l’été 2016 une rencontre, organisée par des relations communes, m’a permis de débattre avec l’ex-patron des forces françaises Serval et initiateur de l’opération Barkhane au nord Mali : le Général Marc Foucaud.

Il m’a conforté dans mon point de vue et s’est joint à moi pour faire « bouger les lignes ». Qui mieux que lui pouvait soutenir m’appuyer ?

C’est ainsi que le 31 janvier 2017, avec le général et d’autres amis politiques, une réunion capitale s’est tenue à la Cellule de crise des Affaires Etrangères. Après des débats houleux nous avons obtenu la promesse de voir la position française réétudiée. Six semaines plus tard le ministère modifiait les couleurs de Chinguetti, Ouadane qui sortaient de la zone rouge ! Une victoire qui n’était que justice enfin !

Header lettre Maurice Freund

Hiver 2017/2018

Avec le concours de l’Etat mauritanien, j’ai pu programmer une série de vols Paris – Atar à compter du 23 décembre 2017 et deux partenaires de taille m’ont suivi et prêter main forte : le groupe Voyageurs du Monde (Terre d’Aventure, Allibert et Nomade) et l’agence La Balaguère qui ont pris avec moi le risque aérien.

Le Point-Afrique a vendu tout son patrimoine pour assurer l’opération (plus d’un million d’euros), mais qu’importe. Mon but relancer la Mauritanie pour répondre aux attentes des populations qui depuis des années m’appellent pour me dire : quand reviens-tu ? On est en train de crever…

C’est ainsi que l’hiver dernier 1488 voyageurs ont pu retrouver le désert mauritanien… L’Adrar renaissait au tourisme après 10 années de disette !

2018/2019

Les mêmes partenaires m’accompagnent et reprogramment la destination, plus le groupe Huwans (Atalante et Club Aventure) qui cette saison se joint à nous. Le risque économique est de taille (cette fois l’Etat mauritanien ne nous aide pas). Il s’agit d’un million et demi d’euros.

Volontairement nous avons choisi d’affréter Mauritania Airlines International, la compagnie nationale, qui vient d’acquérir un appareil tout neuf sorti des ateliers Boeing doté d’une capacité de 160 sièges. Le premier vol aura lieu le 21 octobre et opérera chaque dimanche jusqu’au 14 avril prochain avec la répartition du risque aérien suivante :

  • Voyageurs du Monde (VDM) : 38 places
  • Balaguère : 12 places
  • Huwans : 12 places
  • Point-Afrique : 96 places

Notre motivation repose sur trois raisons principales :

  • Lutter contre la pauvreté en assurant le maximum de retombées sur les populations les plus démunies : bergers, chameliers, chauffeurs, guides, petits aubergistes, et autres fournisseurs de denrées … ;
  • Accompagner la population qui a consenti d’innombrables efforts pour lutter contre les séditieux ;
  • Inciter les pays voisins (Mali, Niger, etc.) à suivre l’exemple de la Mauritanie pour retrouver un essor économique local généré par le tourisme et donc la paix dans la dignité.

C’est notre « Credo » !

Pour y parvenir, il ne reste que votre décision pour nous accompagner et relever ce défi : Aller vers la Paix que désirent tant nos amis du sud !

Seuls nous ne pouvons rien, à nous tous nous pouvons y parvenir.

 

Maurice Freund
Président de Point-Afrique
Lettre du 1er octobre 2018