Qui sommes-nous ?

Les statuts

Le Point-Afrique est une coopérative de voyageurs créée en 1996 autour de Maurice Freund, ancien fondateur du Point-Mulhouse - l’entreprise qui a rendu possible le vol charter en France.

Le Point-Afrique est propriétaire à 100% de l’agence Point-Afrique Voyages, titulaire d’une licence de voyagiste, qui constitue son principal outil de travail.

Comme coopérative, Le Point-Afrique s’inscrit dans l’économie sociale, garante de son indépendance et de sa liberté d’action. N’ayant pas de comptes à rendre à des actionnaires, elle est ainsi libérée de l’obsession du profit à court terme et peut, après constitution de ses réserves financières, choisir librement de soutenir ou développer les projets qui lui tiennent à coeur et qui lui apparaissent en adéquation avec sa philosophie.

Qu'est-ce que l'économie sociale?

L’économie sociale a pour caractéristique majeure de considérer que l’humain est plus important que l’argent, ou, si l’on préfère, que l’économie doit être au service de la société et non la société au service de l’économie. Sa finalité première n’est donc pas la rétribution du capital investi, seul but de l’économie libérale. Elle s’organise ainsi autour de regroupements d’hommes et non de capitaux, sous des formes variées, dont les plus connues sont les associations, les mutuelles et les coopératives. Ces dernières sont nées dans leur forme contemporaine au milieu du XIXe siècle, en réaction à la misère et aux conditions de travail inhumaines que connaissait alors le prolétariat.

L’économie sociale repose sur le principes de la libre adhésion à un projet de citoyens égaux en droit (une personne égale une voix). Elle interdit la redistribution des excédents dégagés par l’activité. Une entreprise relevant de l’économie sociale n’a donc pas d’actionnaires, au sens boursier du terme.

«L'économie sociale ne se fie point au libre jeu des lois naturelles pour assurer le bonheur des hommes, mais croit à la nécessité d'une organisation voulue, réfléchie, rationnelle, conforme à une certaine idée de justice.»

Charles Gide, « Oeuvres », vol VI, éd. L’Harmattan, 2008.

Le projet

Le projet de Point-Afrique part d’un constat et s’appuie sur des convictions.

Le constat, c’est que quatre cents ans de rapports Nord-Sud (plus spécifiquement entre l’Europe et l’Afrique) n’ont pas permis d’établir une relation juste et équilibrée entre les deux parties. Au contraire : nous sommes toujours dans un modèle de l’exploitation et de la prédation, doublé d’un rejet de l’altérité de plus en plus violent.

Les convictions,

Partant, Point-Afrique se refuse, à l’assistance ou la charité. La seule exigence qu’elle a choisi de porter - bien avant que la mode ne s’entiche du «solidaire» ou de l’ «équitable» - est une exigence de justice, qui considère l’autre comme un égal, et non de bienfaisance, qui le rabaisse. Son credo tient dans la phrase d’Hampâté Bâ:

«La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit.»

Le reste est, comme toujours, une affaire d’hommes et de circonstances. Lorsqu’en 1995, à la signature des accord de paix entre la rébellion touarègue et le gouvernement malien, le Mali sollicite Maurice Freund pour lancer un projet de développement touristique dans une région déjà mise à mal par les sécheresses catastrophiques des années 80, le schéma général de l’action se dessine rapidement. Il consiste à affréter un vol reliant directement la France à Gao, et d’organiser, avec les acteurs locaux, un accueil touristique capable d’offrir aux uns un complément de revenu ou un emploi à part entière, aux autres - vous - une immersion directe dans un univers fascinant. Schéma visionnaire, qui suscitera l’incrédulité de la profession, et connaîtra un fantastique succès. Il sera reproduit, aux variantes près, sur d’autres destinations, d’abord sahariennes, ensuite en Afrique Noire (cf. l’historique).

C’est dire que Point-Afrique considère le tourisme comme un moyen, et non une fin en soi. Un moyen de faire dialoguer les hommes et les cultures; un moyen d’offrir, non pas une assistance ou une aide, mais la possibilité de gagner dignement sa vie par son travail, dans le respect mutuel.

L'historique

L'éthique

Terme bien galvaudé, devenu souvent un simple argument de marketing, l’éthique est inscrite au coeur même du projet de Point-Afrique.

Par sa conception même du tourisme : s’il s’était simplement agi de permettre au consommateur occidental d’aller satisfaire à bon compte son envie d’exotisme, Point-Afrique n’aurait jamais vu le jour. Pour nous, le tourisme n’a de sens que s’il permet une véritable rencontre, et qu’il assure des retombées économiques réelles aux populations locales. Ainsi, Point-Afrique s’est toujours refusé à investir dans des infrastructures lourdes, de type hôtelières, sur le modèle de ce qui a pu se faire sur le littoral africain: à chaque fois, les véritables bénéficiaires de l’opération se sont avérés être les bailleurs de fond occidentaux, et non les populations concernées, qui se sont vu proposer dans le meilleur des cas des emplois subalternes sous-payés. Au contraire, nous avons toujours privilégié un hébergement direct auprès de l’habitant, ou dans de petites structures autogérées, comme dans les campements villageois de Casamance ou celui de Karey Kopto au Niger. De même, nous avons choisi chaque fois que c’était possible la randonnée plutôt que tout autre moyen de déplacement, parce qu’elle constitue le mode de prise de contact le moins intrusif qui soit, et le mieux à même de provoquer de réels échanges de qualité avec les Africains. De même encore, nous avons purement et simplement banni de notre catalogue des produits du type «raid en quad» : si le seul but d’un déplacement en Afrique est d’aller satisfaire son narcissisme en brûlant du pétrole pour le «fun», autant arrêter de suite notre activité ! De même toujours, Point-Afrique s’est résolument adressée à des guides africains, et non européens : qui mieux que celui qui est né, a grandi et travaillé dans une région, est à même de vous la faire découvrir et aimer?

Evidemment, ces choix éthiques ne sont possibles que s’ils sont compris et acceptés par notre clientèle. Nous avons fait le pari vous considérer comme des êtres adultes, libres et responsable, capables de minimiser les petits inconvénients d’une organisation volontairement basique, à même de renoncer pour quelques jours à une partie du confort occidental, désireux d’aller vers de véritables rencontres, même et surtout quand celles-ci remettent en question certaines certitudes trop facilement acquises. Et non comme des «consommateurs», avides d’illusions, à qui l’on vend du rêve sur grand écran numérique.

Les actions

Comment se traduisent concrètement le projet et l’engagement de Point-Afrique?

Le premier axe - qui est aussi le plus lourd - a consisté à établir et maintenir, tant que c’était possible, des liaisons aériennes vers les destinations au coeur de son projet : Gao, Atar, Tamanrasset, Mopti, Agadez, Niamey mais aussi Bamako ou Ouagadougou... Avec l’engagement volontariste de maintenir des prix aussi bas que possibles, pour permettre non seulement l’établissement de flux touristiques suffisants pour permettre le développement de l’activité touristique, mais aussi (on l’oublie trop souvent) à l’importante communauté africaine établie en France de maintenir le lien social avec sa terre d’origine.

Il faut ici insister sur la démarche : cette prise de risque, considérable, nous a conduits à ouvrir purement et simplement des régions entières au tourisme, et permis à de nombreux autres T.O., amis ou concurrents, de travailler sur ces mêmes régions. Le meilleur exemple en est sans doute la Mauritanie, qui, avant l’ouverture de la ligne sur Atar, ne connaissait guère qu’une fréquentation touristique confidentielle de quelques centaines de personnes, pour arriver à 50 000 en 2006! Avec une conséquence immédiatement mesurable: selon une étude du P.N.U.D, le taux de prévalence de la pauvreté, qui atteignait 50% en 1996 dans l’Adrar, était tombé cinq ans plus tard à 24%. De ce point de vue là, le projet constitutif de Point-Afrique a bel et bien été atteint.

Cette action fondatrice a été ensuite étayée et relayée en direction du monde associatif, avec lequel se sont tissées d’étroites relations. L’action de Point-Afrique a consisté ici à offrir des facilités de transport (personnes et fret) à plusieurs dizaines d’O.N.G oeuvrant en milieu saharien ou sub-saharien, rendant ainsi possible des centaines de missions qui auraient autrement été beaucoup plus difficiles à monter (voir à ce sujet nos pages de liens).

D’autres actions ont porté directement sur le terrain, et concerne les hommes et les femmes avec lesquels nous travaillons. Ainsi, en Mauritanie, un important programme de formation a permis à plusieurs dizaines de jeunes diplômés au chômage, d’acquérir les compétences nécessaires au métier de guide touristique - et de leur fournir un emploi. Au Niger, ce sont les guides du parc du W qui ont bénéficié de ces formations.

En outre, par le biais de micro-crédits, Point-Afrique s’est attachée à rendre des chameliers, des chauffeurs, des pinassiers propriétaires de leur outil de travail. Tâche de longue haleine, car il implique de lutter contre les inévitables dérives qui tendent, là-bas comme ici, à concentrer entre les mains de quelques-uns, qui disposent de capitaux, l’essentiel des moyens...

Dans le même ordre d’idée, Point-Afrique a créé et assuré le financement initial de ses différentes agences au Burkina, au Niger, au Bénin... En Mauritanie, ce sont les guides eux-mêmes qui ont fondé leur propre agence, Mauritanides Voyages. Au Niger toujours, Point-Afrique a repris en gérance, après de lourds investissements de remise en état, l’hôtel de la Tapoa, afin de développer le tourisme écologique dans cette magnifique réserve transfrontalière qu’est le parc du W.

D’autres actions se sont portées, avec des fortunes diverses, sur des projets alternatifs liés au thème de la sécurité alimentaire. C’est la cas de la rizière dans la vallée de l’Azawak, en collaboration avec l’association Amawal, ou du jardin agrobiologique de Were Guru, en périphérie du parc du W: initié par Pierre Rabhi, il permet aujourd'hui à une coopérative de 93 femmes de travailler en maraîchage.

Enfin, parce qu’il est impossible de changer le regard misérabiliste porté sur l’Afrique sans mettre en lumière la richesse et l’importance de ses réalisations culturelles, un volet important de l’action de Point-Afrique a concerné différents projets culturels menés en étroite concertation avec les pays desservis. En 1999, un symposium mondial de sculpture a réuni, autour du mythique monolithe de Ben Amira, au coeur du désert mauritanien, quinze sculpteurs venus du monde entier; en Mauritanie toujours, c’est l’ancienne tradition des mahadrahs, ces universités nomades qui font partie de l’intime patrimoine du pays, qui ont été revivifiées; au Mali, au Niger et au Burkina, Point-Afrique s’est associé avec le C.N.A (Cinéma numérique ambulant) pour développer cette très intelligente initiative de réappropriation de leur patrimoine par les Africains eux-mêmes. Sans oublier la réalisation, en 2007, des premières Rencontres Africaines d’Afrikabidon, qui ont vu la création ex nihilo d’un village africain entier et la tenue de conférences de Pierre Rabhi, Jean-Baptiste Pondi, Henry de Lumley ou Hubert Reeves...

Les défis

Il n’est cependant pas question de s’endormir dans l’autosatisfaction, car apparaissent de nouveaux défis à relever.

Le plus important d’entre eux est sans conteste le défi économique. Comme nous l’avons expliqué ailleurs, l’augmentation du prix du pétrole et la concurrence toujours plus féroce de compagnies aériennes installées hors d’Europe, rendent de plus en plus difficile l’affrètement de vols sur l’Afrique. Le dilemme est simple : soit maintenir, au prix d’un risque financier de plus en plus élevé, nos liaisons, soit abandonner le terrain, au risque de voir le prix des billets s’envoler à nouveau, une fois la concurrence que nous représentons éliminée... En effet, Point-Afrique a joué pendant des années un rôle de régulateur des prix sur ses destinations: il n’est pas certain que nous puissions poursuivre dans cette voie.

D’autant qu’un nouveau défi, autrement plus fondamental, vient se greffer sur le premier : il s’agit du défi environnemental. Lui aussi peut être énoncé simplement : pouvons-nous continuer à proposer, en toute bonne conscience, que chacun produise plusieurs tonnes de gaz à effet de serre pour le «simple» plaisir individuel du voyage?

Enfin, il faut bien reconnaître que la situation géopolitique des destinations ouest-africaines n’est pas des plus sereines. Nous avons tenu, aussi loin que faire se peut, nos engagements vis-à-vis des populations avec lesquelles nous travaillons ; mais finalement, elles restent maître de leurs destins...

Il est impossible de préjuger de l’avenir. Mais ce dont nous sommes sûrs, c’est que la passion qui nous anime est aussi forte qu’au premier jour. Croire à ce que l’on fait est dans le monde contemporain un privilège rare, conquis et défendu chaque jour : un bonheur véritable. Et ce bonheur, cet espoir, nous sommes fiers de les partager avec vous. Grâce à vous!